Une journée comme les autres
J'avais envie depuis longtemps de procéder au grand nettoyage des fauteuils de ma petite auto, nommée Titine. Il fallait viser juste. La veille il faut vaporiser de la mousse blanche qui ne vaporise pas que les sièges, les yeux aussi et le brushing tout neuf etc...dommages collatéraux. Mais il fallait s'assurer que le lendemain le temps serait au beau fixe. Sinon impossible de brancher une rallonge d'aspirateur sous la pluie. Hautement dangereux. J'aime beaucoup ma Titine mais pas au point de laisser mon amie et aide-ménagère Agnès s'électrocuter.
Enfin, hier arrive le grand moment de la vaporisation. Il faut savoir et c'est d'une importance capitale: ma place de parking est à pétaouchnock de mon entrée, tandis que les personnes qui logent près de ma voiture se garent devant ma porte. En France, on n'a pas de pétrôle, pas d'idées et pas de logique non plus et encore moins l'envie de réfléchir. On fait avec. Ce matin je me réveille, de bonne humeur, chouette c'est aujourd'hui que ma Titine se fait toute neuve. J'ouvre les volets et....je n'aperçois pas ma Titine. Rien d'autre d'ailleurs. Juste un énorme camion plein de matériaux de construction. Résignée je me douche, je m'habille. Qu'à cela ne tienne on va aller passer l'aspirateur à la station service la plus proche. Agnès sonne à la porte. Je lui dis: n'enlevez pas votre manteau on part à la station. Je me rends bien compte qu'elle me regarde avec un soupçon d'inquiétude. Je lui explique l'affaire du camion qui bouche, donc impssible de rapprocher la voiture etc... Elle me dévisage avec un brin d'angoisse. Elle ouvre la porte et me dit: regardez, Michèle, il n'y a rien dehors. J'explique qu'il y avait un camion avec plein de matériaux de construction. Je ne suis pas sûre du tout qu'elle croie à mon histoire. Elle fait avec. Je lui dis: "sortez l'aspirateur, pendant que je mets mes chaussures et je vais chercher la voiture". Nous vaquons chacune à nos occupations hautement intellectuelles mais faut comprendre il est à peine 9h du matin. Etudier Kant à cette heure là, il y a de quoi coincer le petit déj entre l'oesophage et l'estomac. J'ouvre la porte et dis: Agnès il y a un camion devant la porte, on ne pourra pas aspirer. Là, elle se met à me parler tout doucement, très gentiment, surtout éviter d'énerver quelqu'un atteint de schizophrénie. "Mais non Michèle, vous avez bien vu, tout à l'heure, il n'y a rien devant la porte". N'osant pas parler de peur que le ciel ne me tombe sur la tête, d'un vigoureux coup de menton je lui montre la porte. Elle l'ouvre et se trouve....face à un énorme camion de déménagement. Rassurée sur mon état psychologique, elle me laisse parlementer avec les déménageurs pour qu'ils se reposent en fumant éventuellement une petite clope pendant les 5 minutes dont nous avons besoin pour aspirer cette fichue mousse bien étaler sur les sièges de ma pauvre Titine qui doit se demander si on va se décider à lui éponger le masque qu'on lui a mis hier soir pour lui faire une jolie peau. Voilà, c'est fait.
C'est Jeudi. Je ne vous l'ai pas dit? Erreur de ma part. Nous sommes jeudi et le jeudi je déjeune en ville avec ma frangine. C'est jeudi mais c'est aussi le 19 mars, jour de grêve générale. Je décide de ne pas me garer au parking habituel qui jouxte une immense salle où se rassemblent les mécontents de...tout et de rien. Je me gare donc devant la Médiathèque et je pars d'un bon pas faire quelques petites emplettes et dire bonjour à ma couturière. Vous n'en avez rien à faire mais moi ça me fait plaisir de vous donner mon emploi du temps le plus précis possible. Je déjeune, je me repromène, avec ma soeur avant qu'elle ne reparte au boulot. Je me dirige vers ma Titine. De loin, je vois un énorme engin avec au dessus une grue de 50 mètres de haut (Sète n'est pas très loin de Marseille, à vol d'oiseau ça fait...bon d'accord j'abrège). Plus j'approche plus je me rassure: le camion, sa grue et tout le reste (que je ne vois pas encore c'est pourquoi je ne m'affolle pas)sont derrière ma voiture. Pas de souci je vais pouvoir partir. Mais toutes les histoires ont une fin, bonne si possible sinon on fait comme moi, on se prend la tête entre les mains: le camion a enserré par deux énormes plaques de fonte, vertes(sans importance, mais j'aime que les choses soient décrites très précisément)ma pauvre Titine, qui me regarde avec ses deux phares éteints mais où je peux lire l'angoisse, la compassion, la supplication: ne me gronde pas j'ai pas pu les empêcher. Je demande poliment, d'abord, à ces braves gens qui ont kidnappé ma Titine de bien vouloir la relâcher séance tenante. Mais les braves gens ne sont pas toujours sympas. Ils veulent pas. J'ai été prévenue par un article dans le journal. Alors là je me lâche, un énorme mensonge, l'air larmoyant, pitoyable, "pardon monsieur, je n'habite pas Sète, je ne pouvais pas savoir" (au passage ils auraient quand même pu mettre un petit panneau à l'entrée de la rue. ). Dans un grand soupir, ils dégagent ma Titine et nous partons sans demander notre reste. Merci le mensonge. De toute façon qu'est-ce-que je risque? D'être excommuniée? Bof! comme tout le monde, ça n'a plus guère d'importance.
Thursday, 19 March 2009
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